Vermifugation du
poney Shetland —bien faire les choses
Vermifuger son Shetland ne s’improvise pas. Trop souvent, trop peu ou avec le mauvais produit — les erreurs sont fréquentes et créent des résistances. Voici le guide complet et raisonné.
Dans cet article
Vermifuger
avec intelligence
La vermifugation systématique quatre fois par an est dépassée. Les résistances aux anthelminthiques se développent rapidement. L’approche moderne, recommandée par les vétérinaires, est ciblée et basée sur des analyses de crottins.
01 — L’essentiel
Pourquoi vermifuger
son Shetland ?
Tous les équidés hébergent naturellement des parasites internes — strongles, ascarides, oxyures, ténias, bots. En petites quantités, ces parasites cohabitent sans causer de problème. Mais quand leur population explose, les dégâts peuvent être sévères : coliques, perte de poids, anémie, lésions intestinales permanentes, voire mort chez les jeunes animaux.
Le Shetland, qui passe une grande partie de sa vie à pâturer au sol, est particulièrement exposé aux larves de strongles présentes dans l’herbe. Un pré surpâturé sans ramassage régulier des crottins peut contenir des millions de larves infestantes.
Pourquoi la vermifugation systématique est dépassée
Pendant des décennies, on vermifugeait tous les chevaux quatre fois par an, automatiquement, en alternant les molécules. Cette approche a créé un problème majeur : des populations de strongles résistantes aux traitements. Aujourd’hui, la recommandation scientifique est une vermifugation ciblée et raisonnée, basée sur des analyses de crottins régulières.
En France, plus de 70% des élevages équins hébergent des strongles résistants à au moins une famille de vermifuges. Sur-vermifuger aggrave le problème. Sous-vermifuger aussi. La coprologie est la seule façon de vermifuger au bon moment avec le bon produit.
02 — Connaître l’ennemi
Les parasites à connaître
Les parasites les plus courants et les plus dangereux. Leurs larves enkystées dans la muqueuse intestinale peuvent se réveiller en masse au printemps, provoquant une cyathostominose aiguë potentiellement mortelle. Résistances fréquentes aux benzimidazoles.
Moins fréquents depuis l’utilisation de l’ivermectine, mais toujours présents. Leurs larves migrent dans les vaisseaux sanguins, pouvant provoquer des coliques thromboemboliques graves. Bien contrôlés par l’ivermectine et la moxidectine.
Surtout dangereux chez les jeunes poneys (moins de 3 ans). Les adultes sont généralement résistants. Peuvent provoquer des obstructions intestinales chez les poulains. Résistances croissantes à l’ivermectine — préférer le fenbendazole.
Peu dangereux pour la santé, mais provoquent un prurit anal intense. Le Shetland se frotte le postérieur contre les clôtures, perdant sa crinière de queue. Ne sont pas détectés par la coprologie classique — diagnostic clinique.
Associés à certains types de coliques (jonction iléo-caecale). Leur détection nécessite soit une coprologie spécifique au flotac, soit une analyse sanguine (ELISA). Traitement par double dose de pyrantel ou praziquantel.
Les larves des mouches bots s’accrochent à l’estomac. Traitement en automne après les premières gelées (qui tuent les mouches adultes), à l’ivermectine ou moxidectine. Non détectés par coprologie.
03 — L’analyse clé
La coprologie :
l’outil indispensable
La coprologie est une analyse de crottins qui permet de compter le nombre d’œufs de parasites présents — exprimé en OPG (œufs par gramme). C’est le seul moyen objectif de savoir si votre Shetland a besoin d’être vermifugé, et si le traitement a bien fonctionné.
Comment ça marche
Vous prélevez des crottins frais (moins de 24h) dans un sac hermétique, et vous les envoyez à un laboratoire vétérinaire ou les apportez à votre vétérinaire. Le résultat vous indique le niveau d’infestation et les familles de parasites présentes.
Interprétation des résultats
- Moins de 200 OPG — infestation faible, vermifugation non nécessaire
- 200 à 500 OPG — infestation modérée, vermifugation recommandée
- Plus de 500 OPG — infestation forte, vermifugation urgente
Le test d’efficacité (FECRT)
Deux semaines après un traitement vermifuge, refaites une coprologie. Si les OPG n’ont pas chuté d’au moins 95%, c’est qu’il y a une résistance à la molécule utilisée. Cette information est précieuse pour adapter les traitements futurs.
* À adapter selon les résultats de chaque animal. Certains Shetlands nécessitent moins de traitements que d’autres.
Depuis que je fais des coprologies avant chaque traitement, je vermifuge deux fois moins souvent — et bien mieux. Moins, c’est plus. C’est aussi vrai pour les parasites.
04 — Le protocole
Le protocole recommandé
Avant de vermifuger, analysez les crottins. Si OPG > 200, traitez avec une molécule adaptée aux résultats. Si OPG < 200, ne traitez pas encore. Refaites une coprologie 14 jours après le traitement pour vérifier l’efficacité.
Après les premières gelées, traitez systématiquement contre les bots (ivermectine ou moxidectine) et les ténias (praziquantel ou double dose pyrantel). Ces parasites ne sont pas détectés par coprologie classique mais sont présents chez la majorité des équidés.
Dans un groupe, 20% des animaux excrètent 80% des œufs. Identifiez ces individus par coprologie et ciblez vos traitements. Un Shetland à faible excrétion chronique peut ne nécessiter qu’un traitement par an.
Le dosage d’un vermifuge se calcule au poids. Un Shetland sous-dosé ne sera pas traité efficacement — et un Shetland sur-dosé risque une intoxication. Utilisez un ruban de pesée et arrondissez toujours au-dessus, jamais en dessous.
Ne pas utiliser la même famille de vermifuge deux fois de suite. Alternez benzimidazoles (fenbendazole), lactones macrocycliques (ivermectine, moxidectine) et tétrahydropyrimidines (pyrantel) selon les résultats de coprologie et les résistances identifiées.
05 — Les produits
Les produits vermifuges
| Famille | Molécule active | Parasites ciblés | Remarques |
|---|---|---|---|
| Benzimidazoles | Fenbendazole | Strongles adultes, ascarides | Résistances fréquentes chez les strongles. Efficace sur les larves à double dose. |
| Lactones macrocycliques | Ivermectine | Strongles, bots, oxyures | Très efficace sur bots et grands strongles. Résistances croissantes ascarides. |
| Lactones macrocycliques | Moxidectine | Strongles enkystés, bots | Seule molécule active sur les larves enkystées. Réserver aux cas ciblés. |
| Tétrahydropyrimidines | Pyrantel | Strongles adultes, ténias (double dose) | Peu de résistances documentées. Double dose pour les ténias. |
| Isoquinolines | Praziquantel | Ténias uniquement | Souvent associé à l’ivermectine dans les produits combinés (ex : Equimax). |
Plusieurs produits combinent deux molécules dans une seule seringue — par exemple ivermectine + praziquantel pour le traitement automnal. Pratique pour couvrir bots et ténias en une fois. Demandez conseils à votre vétérinaire pour le choix du produit adapté à votre situation.
06 — Prévention complémentaire
L’hygiène du pré en complément
La vermifugation traite l’animal mais ne nettoie pas le pré. Un pré contaminé recontaminera l’animal quelques semaines après le traitement. L’hygiène du pâturage est une partie indissociable de la lutte antiparasitaire.
Ramassage des crottins
Idéalement, ramassez les crottins 2 à 3 fois par semaine. Les larves de strongles ont besoin de 5 à 7 jours après le dépôt pour devenir infestantes — un ramassage régulier brise ce cycle. C’est la mesure préventive la plus efficace, bien plus que les vermifuges seuls.
Rotation des pâturages
Si vous disposez de plusieurs paddocks, alternez-les. Un pré laissé au repos 6 à 8 semaines voit sa contamination larvaire diminuer significativement. Les bovins et les moutons qui pâturent sur les mêmes terrains « nettoient » aussi les larves de chevaux, auxquelles ils ne sont pas sensibles.
Éviter la surcharge
Un pâturage surpeuplé est un pré contaminé. Respectez la densité recommandée (environ 0,5 hectare minimum par animal adulte) pour limiter la concentration de larves au sol.
Ne répandez pas les crottins frais sur les pâturages — vous dispersez les œufs. Compostez-les pendant au moins 6 semaines à haute température (supérieure à 60°C), ce qui détruit la majorité des parasites. Le compost obtenu est un excellent amendement organique.
Tout nouvel équidé qui rejoint votre groupe doit être vermifugé à l’arrivée avec une molécule efficace (moxidectine) et isolé au moins 48h après le traitement. Les « grand excréteurs » non identifiés sont la principale source de recontamination d’un pré sain.
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