Mon Shetland
a une colique —reconnaître et agir
La colique est la première cause de mortalité chez l’équidé. Chez le Shetland, elle peut évoluer très vite et se compliquer d’hyperlipémie. Savoir lire les signes et agir dans les bonnes minutes peut changer le pronostic.
Dans cet article
La colique :
l’urgence qu’on ne rate pas
Le terme « colique » désigne toute douleur abdominale chez l’équidé — de la simple spasme digestive qui se résout seule à la torsion intestinale qui tue en quelques heures. Ce guide vous donne les clés pour trier rapidement et agir efficacement.
01 — Les signaux
Reconnaître
une colique chez le Shetland
Le poney en douleur abdominale regarde instinctivement vers son flanc — là où se trouve l’intestin. Ce mouvement répété, inhabituel, est souvent le premier signe visible. Il peut aussi piétiner, gratter le sol et sembler agité sans raison apparente.
Un équidé qui se couche et se relève en boucle, qui tente de se rouler ou reste couché de façon inhabituelle exprime une douleur intense. Le roulement est particulièrement préoccupant : il peut provoquer ou aggraver une torsion intestinale.
Un Shetland qui laisse son foin intouché et se tient à l’écart de ses compagnons habituels est un signal d’alarme clair. Attention : le Shetland est stoïque — parfois le seul signe visible au début est ce comportement d’isolement discret.
La transpiration spontanée sur l’encolure et les flancs, par temps frais, est un signe de douleur significative. La sueur de douleur a souvent une odeur légèrement différente de la sueur d’effort et peut apparaître en taches localisées.
La FC normale du poney est de 28 à 44 battements par minute au repos. Au-delà de 60 bpm, la douleur est significative. Au-delà de 80 bpm, c’est une urgence chirurgicale probable. Apprenez à prendre le pouls de votre Shetland à l’artère faciale — c’est l’indicateur de gravité le plus fiable sans matériel vétérinaire.
Placez votre oreille contre le flanc de votre Shetland — vous devez entendre des borborygmes des deux côtés. Leur absence signale un transit arrêté. L’absence de crottins frais depuis plusieurs heures dans le box est également un signal sérieux à communiquer au vétérinaire.
02 — Évaluer
Évaluer la gravité
en quelques minutes
Gratte le sol, regarde son flanc occasionnellement, mange encore un peu. FC inférieure à 48 bpm. Bruits intestinaux présents. Crottins présents. Appelez votre vétérinaire pour avis — surveillez toutes les 30 minutes.
Se couche et se relève, refuse de manger, transpire légèrement. FC entre 48 et 60 bpm. Bruits intestinaux diminués. Peu de crottins depuis 2-3h. Appelez votre vétérinaire immédiatement — une visite est nécessaire.
Se roule violemment, transpire abondamment, gencives pâles ou bleues, FC supérieure à 60 bpm, aucun crottin. Appelez le vétérinaire en précisant ces paramètres. Ne donnez rien sans son accord.
- Abdomen visiblement gonflé et asymétrique, surtout côté gauche
- Gencives pâles, grises ou bleutées — signe de choc circulatoire
- Fréquence cardiaque supérieure à 80 bpm au repos
- Douleur incontrôlable malgré les antalgiques administrés par le vétérinaire
- Aucun bruit intestinal des deux côtés pendant plusieurs minutes
03 — En attendant
Que faire
en attendant le vétérinaire
Appelez votre vétérinaire immédiatement — même si vous n’êtes pas sûr. Décrivez les signes, la fréquence cardiaque, la présence ou absence de crottins et de bruits intestinaux. Laissez-le décider du niveau d’urgence.
Retirez la nourriture — foin et granulés. L’eau fraîche peut rester accessible si le poney est encore debout et alerte — elle peut même aider dans certaines coliques par impaction.
Installez dans un box propre avec litière épaisse et surveillance possible. Évitez les espaces où il pourrait se blesser en se roulant contre des angles ou des clôtures.
Marchez doucement si la colique est légère — 10 à 15 minutes de pas peuvent stimuler le transit dans les coliques spasmodiques. Ne le forcez pas si la douleur est intense ou s’il semble épuisé.
Ne donnez aucun médicament sans avis vétérinaire — notamment pas d’anti-inflammatoires ou d’antispasmodiques. Ils peuvent masquer les signes et compliquer sérieusement le diagnostic à l’arrivée du vétérinaire.
Surveillez et notez — fréquence cardiaque toutes les 15 minutes, présence ou absence de crottins, évolution de la douleur. Ces données sont précieuses pour le vétérinaire à son arrivée.
Si le poney se roule violemment — tentez de le relever et maintenez-le debout en marche. Le roulement peut transformer une torsion partielle en torsion complète, aggravant dramatiquement le pronostic.
Caramel a fait une colique spasmodique à 19 ans. Appel vétérinaire immédiat, marche douce pendant l’attente, résolution en deux heures. La rapidité de la décision d’appeler est toujours la bonne décision.
04 — Les différents cas
Les types de coliques
et leur gravité
| Type | Cause principale | Gravité | Traitement habituel |
|---|---|---|---|
| Colique spasmodique | Contractions irrégulières (stress, changement alimentaire, parasites) | Légère à modérée | Antispasmodiques, marche douce, résolution souvent spontanée |
| Colique par impaction | Accumulation dans le gros côlon (déshydratation, foin sec, sable) | Modérée | Fluidothérapie, huile de paraffine par sonde nasogastrique |
| Colique gazeuse (tympanisme) | Accumulation de gaz (herbe riche, fermentation excessive) | Modérée à sévère | Antispasmodiques, sonde nasogastrique si nécessaire |
| Colique par déplacement | Déplacement d’un segment intestinal hors de sa position | Sévère | Souvent chirurgicale selon le type de déplacement |
| Torsion intestinale | Rotation complète coupant la vascularisation | Urgence vitale | Chirurgie d’urgence — pronostic réservé même opéré rapidement |
Les signes cliniques ne permettent pas de distinguer une colique spasmodique bénigne d’une torsion intestinale dans les premières heures. Seul un examen clinique complet (auscultation, toucher rectal, sonde nasogastrique, paramètres vitaux) le permet. C’est pourquoi l’appel vétérinaire est toujours la bonne décision, même quand la douleur semble légère.
05 — Spécificités
Le Shetland :
particularités et risques propres
Le Shetland est stoïque — attention aux signes discrets
Le Shetland supporte souvent la douleur avec un stoïcisme remarquable. Là où un cheval de sang exprimerait bruyamment une colique modérée, votre Shetland peut se contenter d’être légèrement moins vif que d’habitude ou de manger un peu moins. Cette discrétion retarde fréquemment la détection. Connaître le comportement habituel de votre Shetland dans les moindres détails est la meilleure façon de repérer ces anomalies subtiles.
L’hyperlipémie — la complication redoutée du poney
C’est la particularité la plus importante et la plus dangereuse du Shetland. Quand un poney cesse de manger — que ce soit à cause d’une colique, d’une autre douleur ou d’un stress intense — son organisme mobilise massivement ses réserves graisseuses. Ce processus peut déclencher une hyperlipémie (accumulation de lipides dans le sang) qui peut elle-même provoquer une défaillance hépatique et rénale grave. L’hyperlipémie peut survenir en 24 à 48 heures d’anorexie et est potentiellement mortelle. C’est pourquoi tout Shetland qui ne mange pas doit être vu rapidement par un vétérinaire, même si la cause semble bénigne.
Les coliques de sable
Le Shetland qui pâture sur des sols sableux ou mange près du sol ingère progressivement du sable qui s’accumule dans le gros côlon. Test simple de détection : mélangez quelques bouses fraîches dans un seau d’eau et laissez reposer 15 minutes. Si du sable se dépose au fond, votre poney en ingère. La prévention passe par l’alimentation sur des supports surélevés (filet à foin, mangeoire) et les cures de psyllium périodiques pour capturer et éliminer le sable accumulé.
06 — Au quotidien
Prévention
des coliques au quotidien
L’eau en permanence — priorité absolue
La déshydratation est la première cause de colique par impaction. Un Shetland doit avoir accès à de l’eau fraîche en permanence — vérifiez les abreuvoirs deux fois par jour, particulièrement en hiver quand l’eau gèle. Certains propriétaires tiédissent légèrement l’eau froide pour encourager la consommation hivernale — un Shetland qui boit peu en hiver est un Shetland à risque de colique par impaction.
Les changements alimentaires progressifs
Tout changement d’alimentation — nouveau lot de foin, introduction de granulés, transition vers le pré printanier — doit se faire progressivement sur 7 à 10 jours minimum. La flore intestinale du Shetland met du temps à s’adapter à une nouvelle composition alimentaire. Un changement brutal provoque fréquemment une dysbiose intestinale et déclenche une colique spasmodique ou gazeuse.
La vermifugation basée sur coproscopie
Les strongles sont directement impliqués dans les coliques spasmodiques et peuvent provoquer des lésions vasculaires intestinales graves. Plutôt qu’un calendrier fixe de vermifugation qui favorise les résistances, un programme basé sur des coproscopies régulières (analyse de selles pour compter les œufs de parasites) permet de vermifuger seulement quand c’est nécessaire et avec les molécules encore efficaces. Discutez-en avec votre vétérinaire.
Éviter les changements brutaux de routine
Un déménagement, un changement de compagnons, un transport prolongé peuvent déclencher une colique spasmodique chez un Shetland sensible. Planifiez les transitions en minimisant les changements simultanés (alimentation, environnement, compagnons) pour ne pas cumuler les facteurs de stress intestinal.
Quel foin pour
un poney Shetland ?
L’alimentation en foin est le premier levier de prévention des coliques par impaction. Notre guide complet sur le choix du bon foin pour votre Shetland.