Le syndrome de Cushing
chez le Shetland —vivre avec la maladie
Le Cushing (PPID) touche un nombre croissant de Shetlands après 15 ans. Longtemps méconnu, il est aujourd’hui traitable. Un Shetland diagnostiqué peut vivre encore de nombreuses années confortablement.
Dans cet article
Comprendre
et accompagner
Le Cushing n’est pas une condamnation. C’est une maladie chronique qui se gère avec un traitement adapté, une alimentation contrôlée et un suivi vétérinaire régulier. Le diagnostic précoce est la clé d’une bonne qualité de vie.
01 — Comprendre
Qu’est-ce que
le Cushing équin ?
Le syndrome de Cushing équin est officiellement appelé PPID — Pituitary Pars Intermedia Dysfunction (dysfonction de la pars intermedia de l’hypophyse). C’est une maladie dégénérative de l’hypophyse, une glande située à la base du cerveau qui régule de nombreuses hormones.
En vieillissant, certaines cellules de cette glande prolifèrent de façon incontrôlée et sécrètent des quantités excessives d’hormones dérivées de la pro-opiomélanocortine (POMC). Cet excès hormonal a des effets multiples sur tout l’organisme — immunité, métabolisme du glucose, régulation de la toison, gestion du stress.
Pourquoi les poneys sont plus touchés
Le Cushing touche tous les équidés, mais les poneys — et le Shetland en particulier — y sont statistiquement plus prédisposés que les grandes races. Après 15 ans, on estime qu’environ 30% des équidés présentent des signes de PPID. Cette proportion augmente avec l’âge.
Différence avec le syndrome métabolique (EMS)
Le PPID et l’EMS (syndrome métabolique équin) sont deux maladies distinctes, souvent confondues car elles partagent certains symptômes. L’EMS touche des animaux plus jeunes, en surpoids, avec résistance à l’insuline. Le PPID est lié à un dysfonctionnement cérébral qui survient avec l’âge. Les deux peuvent coexister chez le même animal.
02 — Reconnaître
Les signes cliniques
C’est le signe le plus caractéristique et souvent le premier à apparaître. Le Shetland garde un pelage long, frisé ou ondulé même en plein été — l’hypertrichose est présente chez plus de 80% des chevaux atteints de Cushing à un stade avancé.
Le Shetland cushingien boit et urine beaucoup plus que la normale. C’est lié à la dérégulation hormonale qui affecte les reins. Si vous remarquez que votre Shetland vide son abreuvoir bien plus vite, prenez note.
Malgré parfois un ventre rond (rempli d’eau ou de graisse), le Shetland cushingien perd sa masse musculaire, notamment sur le dos et les flancs. La colonne vertébrale peut devenir saillante — « dos de carpe ».
Le PPID génère une résistance à l’insuline qui déclenche des fourbures chroniques ou récurrentes, parfois sans facteur alimentaire évident. Un Shetland qui fait des fourbures répétées après 15 ans doit être dépisté pour le Cushing.
Les infections à répétition — abcès dentaires, infections cutanées, plaies qui cicatrisent mal, infestations parasitaires importantes malgré la vermifugation — peuvent indiquer une immunodépression liée au Cushing.
Un Shetland cushingien peut sembler plus fatigué, moins vif, moins curieux. Il peut transpirer anormalement même sans effort. Des modifications de comportement subtiles — moins de jeu, moins d’interaction — sont souvent les premiers signes.
Au stade débutant, le Cushing peut se manifester uniquement par une légère modification du pelage, une légère polydipsie ou des fourbures légères. Ces signes discrets passent souvent inaperçus pendant 1 à 2 ans avant qu’un signe plus évident ne déclenche la consultation. D’où l’importance d’un dépistage sanguin annuel après 15 ans.
Le Cushing de Caramel, je ne l’ai pas vu venir. C’est un bilan sanguin de routine qui l’a révélé. Depuis son traitement, il est redevenu lui-même — plus vif, plus curieux, plus heureux.
03 — Diagnostic
Comment poser
le diagnostic
Le diagnostic de Cushing équin repose sur une prise de sang. Le test de référence est le dosage de l’ACTH endogène (hormone adrénocorticotrope) — une hormone dont le taux est significativement élevé chez les animaux atteints de PPID.
Le test ACTH
Une simple prise de sang, analysée en laboratoire vétérinaire, donne le résultat en 24 à 48 heures. Les valeurs normales varient selon la saison — l’ACTH augmente naturellement à l’automne chez tous les chevaux, les valeurs de référence sont donc ajustées selon la période de l’année.
Le test de suppression à la dexaméthasone
Moins utilisé aujourd’hui, ce test consiste à injecter un corticoïde et à mesurer la réponse hormonale 19 heures plus tard. Il reste utile dans certains cas douteux. Attention : il est contre-indiqué au printemps ou si le cheval est en fourbure active.
Quand dépister
Le dépistage est recommandé annuellement pour tout Shetland de plus de 15 ans, et plus tôt si des signes cliniques apparaissent. Le meilleur moment pour le test ACTH est la fin de l’été ou le début de l’automne, quand les valeurs basales sont les plus élevées et le diagnostic plus facile.
Lors de la visite vétérinaire annuelle (vaccins + dents), demandez systématiquement un dosage ACTH pour votre Shetland de plus de 15 ans. Le coût est modeste (40 à 80 €) et peut permettre un diagnostic précoce qui change radicalement le pronostic.
* Valeurs indicatives — se référer aux normes du laboratoire utilisé.
04 — Traitement
Le traitement et le suivi
La pergolide (Prascend®) est le seul médicament vétérinaire autorisé pour le traitement du PPID en France. C’est un agoniste dopaminergique qui réduit la surproduction hormonale de l’hypophyse. Il se présente sous forme de comprimés administrés quotidiennement, dissous dans un peu de mélasse ou cachés dans une friandise. Le traitement est à vie.
La dose initiale est généralement de 2 microgrammes par kg de poids vif par jour. Elle est ajustée progressivement selon la réponse clinique et les bilans sanguins de contrôle. Certains chevaux nécessitent des doses plus élevées avec le temps — la maladie est progressive. Un contrôle ACTH 4 à 8 semaines après chaque ajustement de dose permet de valider l’efficacité.
Une fois la dose stabilisée, un bilan sanguin tous les 6 à 12 mois permet de s’assurer que le traitement reste efficace et d’ajuster si nécessaire. La période automne (septembre-octobre) est idéale pour le bilan annuel, quand les valeurs ACTH sont naturellement les plus élevées.
En parallèle du traitement médicamenteux, l’alimentation doit être adaptée : foin pauvre en sucres (trempé si nécessaire), accès au pâturage limité (surtout au printemps), suppression des granulés riches en amidon. Si une résistance à l’insuline est associée, la gestion alimentaire est encore plus stricte.
La grande majorité des Shetlands traités pour Cushing connaissent une amélioration significative de leur qualité de vie dans les 3 à 6 mois suivant le début du traitement : repousse d’un pelage normal, énergie retrouvée, moins de fourbures, meilleure condition musculaire. Le traitement ne guérit pas la maladie mais la contrôle efficacement.
05 — Au quotidien
Vivre avec un
Shetland cushingien
Un Shetland atteint de Cushing n’est pas condamné à une vie diminuée. Avec un traitement adapté et une gestion quotidienne rigoureuse, il peut continuer à vivre pleinement et confortablement pendant de nombreuses années.
Les soins renforcés
L’immunité affaiblie du Shetland cushingien nécessite une vigilance accrue : soins dentaires deux fois par an (les infections dentaires se propagent plus facilement), surveillance attentive des plaies et égratignures, vaccination à jour, vermifugation ciblée. Les visites vétérinaires passent à deux par an minimum.
La tonte en été
Si l’hypertrichose est importante, une tonte partielle ou totale en été peut améliorer considérablement le confort de votre Shetland — la chaleur est difficile à gérer avec un pelage long et dense. Compensez avec une couverture adaptée la nuit et par temps froid.
L’activité physique adaptée
Un Shetland cushingien bien traité peut continuer à être actif selon ses capacités. L’activité physique douce est bénéfique pour maintenir la masse musculaire et améliorer la sensibilité à l’insuline. Évitez simplement les efforts intenses et surveillez attentivement les signes de fatigue.
Tenez un journal de santé pour votre Shetland cushingien : consommation d’eau quotidienne, aspect du pelage, niveau d’énergie, apparition de boiteries. Ces observations permettent à votre vétérinaire d’ajuster le traitement précisément et d’anticiper les complications.
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