Mon chien mange
ses crottes —pourquoi ? Comment l’arrêter ?
C’est l’un des comportements les plus déstabilisants pour un propriétaire. Pourtant, un chien qui mange ses crottes n’est ni malade ni fou. Il y a toujours une raison — et souvent une solution.
Dans cet article
Comprendre
et agir efficacement
Un chien qui mange ses crottes — ou celles d’autres animaux — pratique ce qu’on appelle la coprophagie. Ce comportement touche entre 16 et 25% des chiens selon les études. Il est embarrassant, parfois dangereux, mais rarement sans cause identifiable.
01 — La réalité
Est-ce normal ?
La réponse honnête
La première chose à savoir quand on découvre que son chien mange ses crottes : vous n’êtes pas seul, et votre chien n’est pas « bizarre ». La coprophagie — du latin copros (excrément) et phagie (manger) — touche un nombre significatif de chiens. Une étude menée par l’Université de Californie a établi que 16% des chiens pratiquent la coprophagie régulièrement, et 24% ont été observés le faisant au moins une fois.
Ce comportement est donc répandu — mais il n’est pas pour autant « normal » au sens où il serait sans cause ni sans solution. Un chien qui mange ses crottes envoie un signal. Ce signal peut être nutritionnel, comportemental, médical ou lié à l’environnement. Identifier lequel est la clé de la solution.
Les situations où la coprophagie est biologiquement « normale »
Il existe quelques situations où manger des crottes est un comportement biologiquement attendu chez le chien. Une chienne qui vient de mettre bas mange les selles de ses chiots — comportement instinctif pour garder le nid propre et sans odeur qui attirerait des prédateurs. Un jeune chiot (moins de 6 mois) peut explorer son environnement en goûtant ses propres crottes — c’est de l’exploration orale, souvent passagère. Dans ces deux cas précis, le comportement n’est pas problématique s’il disparaît naturellement.
Le cas des crottes d’autres espèces
Un chien qui mange spécifiquement les crottes du chat (comportement très courant), des chevaux, des lapins ou d’autres animaux ne pratique pas tout à fait la même chose qu’un chien qui mange ses propres selles. Ces crottes, pour un chien, ne sont pas « repoussantes » — elles sont souvent riches en protéines et composés organiques que leur alimentation actuelle ne contient pas. C’est une coprophagie interspécifique, différente dans ses causes et ses solutions.
02 — Comprendre
Les vraies causes
de la coprophagie
C’est l’une des causes les plus sous-estimées. Un chien qui mange ses crottes peut chercher à récupérer des nutriments que son alimentation ne lui fournit pas correctement — enzymes digestives, vitamines B, minéraux. Cette cause est particulièrement fréquente chez les chiens nourris avec des croquettes bas de gamme pauvres en protéines et en enzymes, ou chez les chiens présentant une insuffisance pancréatique exocrine (leur pancréas ne produit pas assez d’enzymes digestives). Dans ce cas, les selles contiennent encore des nutriments non absorbés que le chien retrouve en les mangeant.
Un chien stressé, isolé, qui s’ennuie ou qui souffre d’anxiété de séparation peut développer la coprophagie comme comportement compulsif. C’est une forme d’auto-stimulation — le comportement occupe, soulage temporairement l’anxiété, donne quelque chose à faire. Ce type de coprophagie se produit typiquement quand le chien est seul à la maison, confiné dans un espace réduit, ou manque d’exercice et d’enrichissement mental.
Un chien qui a été puni sévèrement pour avoir fait ses besoins à l’intérieur peut apprendre à « effacer les preuves » en mangeant ses selles pour éviter la punition. C’est un mécanisme d’adaptation tragique qui résulte d’une mauvaise méthode d’apprentissage de la propreté. De même, un chien confiné longtemps dans un espace trop petit où ses selles s’accumulent peut finir par les manger faute de pouvoir s’en éloigner.
Un chiot qui a vu sa mère manger ses selles peut imiter ce comportement. Un chien qui a découvert que manger ses crottes déclenche une réaction forte de son propriétaire — même une réaction négative — peut répéter le comportement pour obtenir de l’attention. La punition, dans ce cas, aggrave le problème en renforçant le comportement.
Parasites intestinaux (qui perturbent l’absorption des nutriments), insuffisance pancréatique exocrine (IPE), diabète, syndrome de Cushing, maladies de malabsorption intestinale, hypothyroïdie — toutes ces conditions peuvent déclencher ou aggraver la coprophagie. C’est pourquoi une visite vétérinaire est indispensable avant d’essayer les solutions comportementales — pour exclure d’abord une cause médicale.
Filou a mangé ses crottes pendant trois mois. Le coupable était une alimentation de mauvaise qualité pauvre en enzymes. Changement de croquettes — comportement disparu en trois semaines.
03 — Les dangers
Les risques
pour la santé
Un chien qui mange ses propres crottes — ou celles d’autres animaux — n’est pas seulement gênant socialement. Ce comportement présente des risques sanitaires réels à connaître.
Transmission de parasites
Les selles contiennent souvent des œufs de parasites intestinaux — ascaris, ankylostomes, toxocara, giardia, coccidies. Un chien qui mange des crottes contaminées se réinfeste directement. C’est un cercle vicieux particulièrement difficile à briser si la vermifugation n’est pas couplée à l’arrêt du comportement coprophage.
Transmission de bactéries pathogènes
Salmonelle, Campylobacter, E. coli pathogènes — les selles peuvent héberger des bactéries dangereuses, transmissibles à d’autres animaux et à l’humain. Un chien qui mange des crottes et vous lèche ensuite le visage est un vecteur de transmission potentiel — surtout pour les enfants, les personnes âgées ou immunodéprimées.
Réinfection en cas de traitement en cours
Si votre chien est traité pour un parasite ou une bactérie intestinale, manger ses propres crottes pendant le traitement peut provoquer une réinfection immédiate et rendre le traitement inefficace. Pendant toute la durée d’un traitement antiparasitaire ou antibiotique, la coprophagie doit impérativement être contrôlée.
Si votre chien mange les crottes du chat, sachez que les fèces de chats peuvent contenir Toxoplasma gondii — un parasite transmissible à l’humain. Ce risque est particulièrement sérieux pour les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées. Au-delà du dégoût, c’est une vraie question de santé publique à gérer.
04 — Les solutions
Les solutions
selon la cause
Si la cause est nutritionnelle, passez à une alimentation de qualité supérieure — plus riche en protéines animales, avec une liste d’ingrédients sans sous-produits ni céréales en tête. Ajoutez des enzymes digestives (papaïne, bromélaïne) ou une supplémentation en vitamines B en accord avec votre vétérinaire. Ce changement seul résout une part significative des cas de coprophagie.
La solution la plus simple et la plus efficace à court terme : ramassez les selles de votre chien immédiatement après la défécation, avant qu’il ait le temps de les manger. Supprimez l’accès à l’opportunité. En extérieur, gardez votre chien en laisse jusqu’à avoir ramassé. À la maison, surveillez et intervenez dès la fin de la défécation.
Apprenez à votre chien un ordre « laisse » fiable sur les crottes. Commencez avec des friandises au sol, puis progressez vers les selles. Quand votre chien s’approche des crottes, dites « laisse » d’une voix ferme et proposez une alternative très appétissante. Récompensez généreusement chaque fois qu’il se détourne. Ce travail demande de la constance mais est très efficace.
Des produits contenant du piment de Cayenne, de l’extrait d’ail ou de la sauce piquante peuvent être ajoutés dans l’alimentation — ils se retrouvent dans les selles et les rendent moins appétissantes pour le chien. Des suppléments spécialisés (For-Bid, Coprophagia Deterrent) sont disponibles en animalerie. L’efficacité varie d’un chien à l’autre mais vaut la peine d’être testée.
Si la cause est l’ennui ou le stress, augmentez significativement l’exercice physique et la stimulation mentale. Jouets d’occupation (Kong, gamelle puzzle), promenades plus longues, travail de flair (nosework), cours d’obéissance — un chien mentalement et physiquement occupé mange bien moins ses crottes. L’ennui est souvent le vrai problème sous-jacent.
Si une cause médicale est identifiée (parasites, IPE, malabsorption), le traitement adapté résoudra souvent la coprophagie en même temps que la maladie. Un bilan vétérinaire complet (prise de sang, analyse de selles) avant tout autre traitement permet d’exclure ces causes et d’éviter de chercher des solutions comportementales à un problème médical.
05 — Ce qu’il ne faut pas faire
Les erreurs
à ne pas commettre
Certaines réactions instinctives face à un chien qui mange ses crottes aggravent le problème plutôt qu’elles ne le résolvent.
Punir ou crier
Punir un chien pour avoir mangé ses crottes est contre-productif dans la grande majorité des cas. Si la coprophagie est liée à la peur de la punition (le chien efface les preuves), punir aggrave directement le comportement. Si elle est liée à la recherche d’attention, punir la renforce. Et si elle est d’origine médicale ou nutritionnelle, punir ne résout rien du tout. La punition n’est jamais la solution à la coprophagie.
Réagir de façon excessive à chaque épisode
Un chien qui mange ses crottes et provoque une réaction forte de son propriétaire — même négative — peut trouver cette réaction stimulante ou satisfaisante. Essayez d’intervenir calmement, sans émoi particulier visible, pour retirer votre chien de la situation. Réagir avec dégoût et agitation peut involontairement renforcer le comportement.
Ignorer complètement le problème
À l’opposé, laisser le comportement se poursuivre sans intervention espérant qu’il disparaisse spontanément n’est pas une stratégie efficace. La coprophagie a tendance à s’ancrer avec le temps — plus elle dure, plus elle devient habitude difficile à défaire. Intervenez dès les premiers épisodes.
Dans la plupart des cas, la coprophagie se traite avec une combinaison de mesures : amélioration de l’alimentation + ramassage immédiat des selles + enrichissement de l’environnement + travail du « laisse ». Rarement une seule mesure suffit. Et toujours, une consultation vétérinaire en premier pour exclure une cause médicale.
06 — Aide professionnelle
Quand consulter
le vétérinaire ?
Consultez votre vétérinaire si votre chien mange ses crottes dans les situations suivantes :
- Le comportement est apparu soudainement chez un chien adulte qui ne l’avait pas avant
- Le chien présente en même temps une perte de poids, des vomissements, de la diarrhée ou un poil terne
- Le chien mange aussi les crottes d’autres espèces en grande quantité
- Le comportement persiste depuis plus de 2-3 semaines malgré les mesures basiques
- Le chien présente d’autres comportements compulsifs en même temps (tourner en rond, se lécher excessivement, etc.)
Une analyse de sang et une analyse de selles permettent d’exclure rapidement les causes médicales les plus fréquentes. C’est un investissement de 50 à 100 € qui évite des semaines de tentatives comportementales inefficaces sur un problème qui est en réalité médical.
Si les causes médicales sont exclues et que le comportement persiste, un vétérinaire comportementaliste ou un éducateur canin spécialisé peut établir un protocole personnalisé. La coprophagie rebelle aux mesures simples répond bien à une approche comportementale structurée.
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